Poster une photo de soi en 2009 et 2019 : c'est le principe du «10yearchallenge», un défi lancé sur Twitter et Facebook il y a plusieurs mois. Devenu viral, le principe a été détourné par nombre d'internautes qui partagent des photos... de villes, qui, en dix ans, ont notamment connu la guerre.C’est le mouvement populaire du début 2019 sur Facebook et Instagram, alors qu’on est invité à partager une photo de nous actuellement et une autre d’il y a 10 ans sur ces médias sociaux. Tout ceci demeure ludique, mais pourrait-il cacher une intention de la part de Facebook?
Alors que la guerre en Syrie a débuté en 2011, un internaute a posté une photographie comparant l'état de la Grande Mosquée des Omeyades de Damas en 2009 et 2019. De la même manière, un autre internaute a comparé une vue de la Libye en 2009 et 2019, un pays ravagé par la guerre depuis 2011.
Le Yémen, touché par un conflit depuis 2015 qui persiste encore aujourd'hui, a également vu sa capitale dévastée. Un internaute a mis en parallèle deux clichés de Sanaa pris à dix ans d'écart. De nombreux internautes se sont également saisis de ce défi virtuel pour poster des photos alarmistes sur le changement climatique, comparant notamment l'évolution de certains glaciers sur les dix dernières années. Si le climat est un sujet d'inquiétude croissant, quelques-unes des photos partagées n'ont pour autant rien à voir entre elles, comme l'a démontré le site de Radio-Canada.
Les médias sociaux sont faits pour nous changer les idées, nous informer, mais surtout nous divertir. Des défis comme le #tenyearschallenge que l’on voit récemment sur Facebook et Instagram n’ont rien de vraiment nouveau. Ils permettent de rire et de créer des interactions avec nos amis.
Seulement, à une époque où plusieurs informations sont collectées et même vendues à notre insu, il demeure important de remettre en question ces petits défis en apparence anodins.
Dès lors, les questions que l’on est en droit de se poser devant le 10 yearschallenge et que plusieurs se posent dont le site Wired qui a lancé la piste: Facebook cherche-t-il à améliorer sa technologie de reconnaissance faciale? Veut-il partager ou même vendre cette information?
Ce sont des questions que l’on peut se poser quand on sait que tout ce qu'on publie est maintenant quantifié, analysé et même monétisé.
Cela fait longtemps que Facebook travaille sur sa technologie de reconnaissance faciale. Celle-ci avait d’abord été introduite pournous aider à reconnaître des photos qui sont publiéessur le média social, puis par mesure de sécurité. Facebook s’est d’ailleurs déjà montré très insistant pour que l’on accepte cette analyse de notre visage.
Or, avec un défi comme celui-ci, quel meilleur moyen de valider la progression de notre visage avec le temps? Certes, on a peut-être déjà plusieurs photos de nous d’il y a dix ans sur Facebook. Seulement, Facebook ne peut valider avec certitude qu’elles datent bien d’il y a dix ans, puisqu’on peut bien l’avoir publié il y a dix ans, mais en fait il s’agit d’une photo prise il y a 15 ans.
C’est sans compter que nos vieilles photos sur Facebook ne nous présentent peut-être pas sous notre meilleur jour. Ou bien peut-être sommes-nous entourées d’amis ou membres de notre famille ce qui complique l’analyse de l’algorithme de Facebook.
En publiant une photo de profil et en identifiant clairement qu'elle a été prise il y a 10 ans, il n’y a plus de place à l’interprétation. Cependant, tout n’est pas noir. Après tout, la reconnaissance faciale a aussi de bons côtés. Elle peut permettre d’identifier des criminels ou bien d’aider à retrouver des personnes manquantes.
Certains experts et journalistes, à l'instar de Kate O'Neill, du magazine américain Wired, citée par Courrier international, se sont inquiétés de la base de données que serait en train de se constituer Facebook grâce à ce défi à succès. Pour appuyer sa préoccupation, la journaliste rappelle notamment l'affaire de Cambridge Analytica : «Nous avons vu tellement d’exemples de jeux en ligne et de phénomènes viraux utilisés dans le but d’extraire et de collecter des données ces dernières années. Souvenez-vous juste de l’extraction en masse de données de 70 millions d’utilisateurs américains de Facebook utilisées par Cambridge Analytica.»
Malheureusement, la crainte qu’on a avec cette technologie est de ne pas savoir s’il s’agit d’une information qui peut être de nouveau utilisée à notre insu. Facebook pourrait bien partager cette information aux autorités pour identifier un criminel, mais qui dit que cela ne pourrait pas être utilisé pour simplement identifier des manifestants par exemple?
Bref, nous ne vous dirions pas de ne pas participer au défi « 10yearchallenge » si cela vous amuse. La vie est trop courte et il faut bien s’amuser et se divertir. Seulement, il est important de se conscientiser devant ce genre de mouvements et ce que cela implique de donner ouvertement des informations de ce genre sur les médias sociaux et internet.